Discours audacieux du hussard Zemmour, invité vedette d’un débat de l’UMP (les élections approchent et, à près de 20 %, Marine Le Pen, aussi, se rapproche) sur le thème du « trop plein de normes », de la judiciarisation de « la parole publique » et de la « terreur moralisatrice ».
Eric Zemmour a analysé et critiqué les lois Gayssot (1990) (visant à réprimer tout propos raciste, antisémite et xénophobe) et Taubira (assimilant l’esclavage à un crime contre l’humanité). Sans se démonter, il s’est tourné vers les députés UMP,les appelant à « supprimer » les lois mémorielles et l’action pénale pour les associations anti-racistes.
Et d’ajouter (sous les applaudissements !) :
« Et pendant que vous y êtes, si vous pouviez supprimer leurs subventions, cela ferait du bien au budget de l’Etat. »
Il n’a pas froid à ses jolis yeux, le sympathique polémiste, avec ses propos hautement intolérables. Les « assoces » antiracistes ont dû en avaler leur code pénal.
Se comparant à un taureau dans une arène médiatique et judiciaire, le journaliste a cité une phrase de l’arrêt du tribunal qui, a-t-il dit, l’a « interloqué ».
« J’aurais, selon les magistrats, dépassé les limites autorisées du droit à la liberté d’expression. Je crois savoir ce qu’est la liberté d’expression », a poursuivi le journaliste citant Montaigne, Voltaire et Zola, « mais je ne sais pas ce que sont les limites de la liberté d’expression, où elles se situent, qui les fixe, comment et au nom de quoi on les fixe ».
Et d’ajouter : « C’est désormais le code pénal qui régirait les règles de bienséance de la parole publique. On ne serait donc plus alors dans une démocratie qui suppose un espace désacralisé où les vérités ne sont pas absolues mais relatives, mais dans une théocratie où une parole sacrée s’imposeà la société et où la justice est chargée de punir les déviances, (…) les dérapages qui sont autant de sacrilèges. La République, de Gambetta au Général De Gaulle, a très bien vécu sans ces législations liberticides. »
La seule invitation d’Eric Zemmour à ce débat UMP, a provoqué un tollé chez les socialistes et les associations antiracistes : « indigne », « lourde faute contre la république », « offensive idéologique nauséabonde », etc. Jean-François Copé s’en est expliqué en marchant sur des oeufs :
« Il est, je crois, dans l’Histoire, des journalistes qui ont été condamnés pour des propos qui étaient sans doute peut-être politiquement plus incorrects, malgré leur condamnation, et qui n’ont pas donné lieu à un tel acharnement. »
Comme pour les hirondelles, quand les appels du pied de l’UMP aux électeurs FN volent en escadrille, c’est que les cantonales et les présidentielles arrivent à grands pas.
On est loin de la liberté d’expression telle qu’on la conçoit aux Etats-Unis où la Cour suprême a tranché mercredi en faveur de l’église Wesboro du Kansas qui avait organisé une manifestation anti-gay lors des funérailles d’un soldat ! La Cour suprême américaine a consacré, une nouvelle fois, la liberté d’expression « même quand elle peut blesser ».
Rappelons quand même que lacaractéristique non négligeable de notre Zemmour national, victime des loisliberticides, est d’abord, liberté d’expression ou non, d’avoir dit la vérité.
CAROLINE PARMENTIER
Source Article extrait du n° 7299 de Présent, du Vendredi 4 mars 2011